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Jeudi 1 Mars 2018, 16:15

Le travail syndical est une beau défi et les femmes s’en sortent bien!

A l’occasion de la Journée Internationale des Droits des Femmes, nous avons demandé à deux femmes actives au sein de la Centrale Générale – FGTB si pour elles, la Journée Internationale des Droits des Femmes a encore du sens en Belgique.

Pour Angeline Van Den Rijse, secrétaire régionale de la section de Oost Vlanderen et Viviane Lecocq, permanente à Charleroi, aucun doute : oui, même si elles saluent le chemin parcouru par les femmes, il reste du pain sur la planche.

Pourquoi trouvez-vous que célébrer le 8 mars, en 2018, en Belgique ça a encore du sens ?

Viviane : Pour moi, le jour où il ne faudra plus parler de la Journée des Droits des Femmes, parce qu’il n’y aura plus d’inégalités à combattre, on aura gagné. Cela voudra dire que les droits seront enfin respectés sans différence de genre. C’est un combat à tous les niveaux, car les décisions qui se prennent au Fédéral ont des conséquences au niveau local. En même temps, tout n’est pas noir, beaucoup de progrès ont déjà été faits mais il reste encore du boulot.

Angeline: Absolument. Le salaire annuel d’une femme est en moyenne 20% plus bas que celui d’un homme. Ce qui a pour conséquence que les femmes belges ont 42% de risques en plus de tomber dans la pauvreté si elles se retrouvent seules. C’est 3 fois plus qu’un homme seul. Une raison suffisante pour réclamer une fois par an l’attention pour les 5,6 millions de femmes du pays.

Quels sont les principaux obstacles rencontrés par les femmes sur le marché du travail?

Angeline : En général, les femmes travaillent dans des petites entreprises et dans des secteurs avec des salaires bas. Elles sont coincées dans des fonctions subalternes, travaillent à temps partiel avec des contrats précaires. Voilà, tous les ingrédients pour gagner peu.

Viviane : Comme le disait Angeline, il y a la question des salaires, mais ce gouvernement prend en plus des mesures qui ont un impact plus fort sur les femmes. Je pense aux attaques contre les temps partiels via les AGR. Il faut savoir que dans un secteur comme celui du nettoyage, c’est une succession de petits contrats. Parfois, il en faut 3 ou 4 pour arriver à un temps plein. C’est une mesure qui touche les femmes de plein fouet.

Quelle est la solution?

Angeline: Je défends avec force notre revendication d’augmenter de manière drastique le salaire minimum pour tous à 14€/heure ou 2.300 € brut par mois. Aujourd’hui, le salaire minimum est de seulement 1.600€ brut par mois. Aucune femme – ou homme, ne peut en vivre dignement. Les femmes ont intérêt à avoir des salaires minimums plus élevés et une sécurité sociale forte. Et pour cela, il faut prendre l’argent dans chez les grosses fortunes et les paradis fiscaux.

Cela n’arrivera jamais avec les partis au pouvoir en ce moment. J’en profite donc pour lancer un appel aux femmes pour les élections de 2019, votez vert ou rouge. Ce sont les seuls partis qui garantissent la solidarité nécessaire entre les hommes et les femmes, entre les riches et les pauvres, les jeunes et les plus âgés.

Viviane : Et puis, pour que les femmes arrivent sortir des postes peu qualifié, il faut aussi qu’elles puissent mieux combiner vie privée et vie professionnelle. Pour cela, il est indispensable d’avoir une meilleure répartition des tâches à la maison. Il faut aussi des structures d’accueil adaptées, des services publics renforcés, des transports de qualité. Beaucoup de travailleuses de nos secteurs sont dans des horaires atypiques, souvent tôt le matin ou tard le soir. Il faut aussi tenir compte de l’apparition de plus en plus de familles monoparentales. Donc l’enfance doit être la priorité.Ce sont des défis auxquels il faut des solutions de qualité. C’est un prérequis indispensable.

Le milieu syndical est souvent décrit comme un monde d’hommes, d’accord ?

Angeline: Oui, le syndicat est encore un monde d’hommes. Les postes les plus importants sont exercés par des hommes. Même si je ne sais pas qui est responsable. Je connais beaucoup de femmes capables au sein du syndicat, mais elles choisissent délibérément de ne pas de responsabilités. C’est une attitude moins courante chez les hommes. A la Centrale Générale, je suis la seule femme responsable d’une section.

Mais il n’y a pas plus de machos au syndicat qu’ailleurs. Les femmes qui quittent le syndicat le font en raison du job. Le travail syndical vous absorbe complètement. Aussi bien physiquement qu’émotionnellement. J’ai l’impression que les hommes y sont plus résistants. Et puis ils sont aussi moins embêtés par la combinaison travail - famille. Même si je remarque que la tendance change chez les jeunes militants et secrétaires. Il devient difficile pour eux aussi d’assister à des réunions le soir parce qu’ils doivent s’occuper des enfants.

Viviane : Personnellement je ne trouve pas que c’est un monde d’hommes. Je suis permanente depuis 14 ans, et ma place au sein de la Centrale Générale, je l’ai toujours eue. Chacun doit être conscient que cet équilibre homme-femme est nécessaire. Chacun a sa place, qu’il soit homme ou femme. D’ailleurs je trouve dommage de devoir parler de quota. J’aime mieux l’idée que les gens sont là où ils sont parce qu’ils ont le bon profil, pas le bon genre.

En tant que déléguées aussi, les femmes doivent faire leur place. Il y a déjà un changement, mais les mentalités doivent encore évoluer. J’ai la chance de m’occuper du secteur des titres-services depuis 13 ans que le secteur existe, j’ai vu les déléguées acquérir de plus en plus d’autonomie, d’indépendance. Les femmes s’assument en tant que déléguées.

Quels conseils donneriez-vous à nos déléguées?

Angeline: Avoir la bonne attitude au bon moment. De temps en temps, restez un peu après une réunion syndicale. A la maison, ayez un homme qui comprend le travail syndical et qui vous soutient. Ne pensez jamais: ouille, maintenant je suis toute seule au milieu de tous ces hommes. Faites votre travail syndical avec passion, soyez perfectionniste, faites preuve d’empathie et osez passer à l’action. En fait, tous ces conseils sont aussi valables pour les hommes.

Viviane : Les femmes doivent persévérer dans cette voie. Nous devons construire des groupes solidaires. Les déléguées doivent savoir qu’elles ne sont pas seules, on est là pour les aider. Il faut avant tout croire au projet que nous défendons, et nous apportons notre petit grain de sable à la solidarité. Nous sommes un peu à contre-courant, nous prônons l’intérêt collectif dans une société qui valorise de plus en plus l’intérêt individuel, c’est un beau challenge et je trouve que les femmes s’en sortent très bien. Même s’il faut bien reconnaitre que les femmes ne sont pas toujours la priorité pour nos collègues, même les délégués. Il y a encore beaucoup de travail sur le genre à faire, mais j’y crois. En plus, il ne faut pas oublier que les femmes apportent une plus-value incontestable dans l’organisation syndicale, il est donc indispensable de continuer dans cette voie.