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Mardi 31 Octobre 2017, 11:15

Les travailleurs malades ne sont pas aidés par le trajet de réintégration

Depuis le 1er décembre 2016, le gouvernement a mis en place un dispositif destiné à remettre les travailleurs malades de longue durée au travail. En septembre dernier, notre syndicat lançait une enquête en lien avec cette politique de réintégration des travailleurs malades. 220 travailleurs ont répondu à l’appel et nous ont ainsi fourni des informations et des témoignages intéressants.

Des chiffres récemment publiés ont révélé que les trajets de réintégration conduisent, dans la plupart des cas, à un licenciement. Dans 72% des décisions, le travailleur est déclaré inapte à réintégrer son poste ou un autre poste dans l’entreprise. Et dans ce cas, le contrat de travail est rompu pour force majeure médicale, sans indemnité de licenciement.

Des résultats alarmants qui nous ont conduits à lancer un appel à témoignages auprès de personnes qui sont, ou qui ont été, confrontées par cette procédure de réintégration.

Aucun travail adapté

220 personnes ont répondu à notre enquête en ligne. 58% étaient en congé maladie lorsqu’elles ont complété l’enquête, 23% avaient repris le travail après un arrêt maladie longue durée, et 19% ont été licenciées après une maladie longue durée.

Beaucoup de témoignages confirment que l’employeur n’est pas disposé à mettre en place un travail adapté. Un témoin confirme : “Dans mon boulot, les titres-services, le travail adapté n’est pas possible”. Un autre : “Mon employeur ne voulait pas entendre parler d’un travail adapté et je ne pouvais plus retourner dans mon service. Le licenciement a suivi pour force majeure médicale.”

Différents répondants ont indiqué avoir repris le travail pour des raisons financières, alors qu’ils n’en étaient pas capables. “Actuellement, je ne sais plus quoi faire. Travailler va à nouveau me rendre malade. Ne pas travailler n’est financièrement pas faisable” témoigne l’un d’entre eux. Un autre, actif dans les soins à domicile abonde dans ce sens : " je peux vous assurer que la charge de travail est très élevée dans le secteur. J’ai repris le travail à mi-temps car la mutuelle m’y a poussé. Pourtant, mon médecin et mon thérapeute estimaient que ce n’était pas possible ".

Informer plus et mieux

Les témoignages ont également démontré que les différents acteurs du trajet de réintégration sont insuffisamment informés. Les médecins généralistes pensent souvent qu’ils aident leur patient en déclarant qu’il ne peut définitivement plus exercer son emploi actuel. Ils supposent qu’un travail adapté sera proposé. Mais dans ce cas, le travailleur peut être licencié pour cause de force majeure médicale, et le trajet de réintégration peut être stoppé net. “Selon le médecin du travail, le médecin généraliste devait me fournir une déclaration comme quoi j’étais dans l’impossibilité d’exercer mon travail afin de démarrer le trajet de réintégration. Le résultat, c’est que j’ai reçu un C4 pour cas de force majeure médicale », indique un répondant.

Les médecins du travail n’ont la plupart du temps pas l’expertise pour chercher un travail adapté et sont confrontés à la pression des employeurs qui souhaitent que les choses aillent vite. Il arrive souvent qu’ils n’aient pas le temps et les moyens pour explorer les possibilités réelles au sein de l’entreprise. D’autre part, les délégués ne sont pas encore assez informés de la manière dont ils peuvent aider leurs collègues malades. Pourtant, ils peuvent jouer un rôle important au sein du comité pour la prévention et la protection au travail.

Que fait la FGTB?

Il est de plus en plus clair que le trajet de réintégration ne garantit pas aux malades longue durée de réellement être orienté vers un emploi adapté ou un nouveau job au sein de l’entreprise. Il s’agit surtout d’une procédure qui permet de procéder à des licenciements à moindre coût. Et suite à ça, le travailleur, encore malade, est livré à lui-même pour trouver un nouvel emploi.

La FGTB exhorte les ministres De Block et Peeters à évaluer de toute urgence cette politique et à examiner des étapes supplémentaires à mettre en œuvre. Nous continuons d’insister sur la priorité première à savoir la prévention. Rendre le travail soutenable, accorder une attention particulière aux conditions de travail pénibles est indispensable. De plus, il faut placer la santé du travailleur au centre du trajet de réintégration : la reprise du travail doit se faire sur base volontaire. En outre, cette reprise doit être convenue par les différentes parties concernées (malade, médecin traitant, médecin du travail, mutuelle et employeur) et les employeurs doivent être contraints d’offrir des postes de travail dignes.