Licenciements dans le secteur pétrolier : Gunvor conserve finalement 75 emplois

Le 22 juin dernier, le groupe Gunvor annonçait son intention de fermer sa raffinerie à Anvers. 230 emplois étaient en jeu. Un coup dur pour le personnel alors que sévissait la pandémie de Covid-19. Au terme de négociations dans le cadre de la loi Renault, ce seront finalement 176 emplois qui viendront à disparaître et 75 personnes qui pourront rester. Entre temps, grâce e.a. aux efforts de la délégation syndicale, plusieurs travailleurs ont déjà retrouvé un emploi dans une autre entreprise, déclare le délégué Yves de Vos. 

Quel rôle a joué la crise du coronavirus dans la décision soudaine de la direction ? 

Yves : De janvier à avril, tout se passait bien et en avril, nous avons même réalisé une production record. Mais, ce même mois, la navigation aérienne et maritime étaient mises à l’arrêt. Dans le monde entier, les réservoirs de stockage étaient pleins, alors que la demande et les prix chutaient. En conséquence, les activités de raffinage ont cessé en mai, et fin août, une perte de 40 millions avait été accumulée… ce qui a été une surprise totale puisque tout le monde était resté au travail, le pétrole faisant partie des secteurs essentiels. 

N'y avait-il aucun moyen de sauver la raffinerie et l’emploi ? 

Yves : On est naturellement en droit de se demander combien de bénéfice une telle entreprise a déjà réalisé antérieurement et si elle n’est pas en mesure de traverser une telle période. Mais il est indubitable que l’ensemble du secteur se trouve en difficulté. Shell a d’ailleurs également annoncé une perte de 11 millions et BP envisagerait la suppression de 10.000 emplois à l’échelle mondiale. Il faut également savoir que Gunvor a repris la raffinerie en 2012 après une faillite. Elle cherchait un acquéreur depuis 6 mois et Gunvor était le seul candidat repreneur. Il y avait donc peu d’espoir de trouver une autre solution.  

Au final, il a été possible de sauver un plus grand nombre d’emplois. Mais, à partir du 1er octobre, Gunvor devient une entreprise de stockage de produits pétroliers. Ce qui signifie ?

Yves : Plus aucun produit pétrolier n’y sera traité, mais notre plus gros client – une autre branche de Gunvor – continuera cependant à y livrer et stocker des produits transformés ailleurs… et cela permet de conserver 75 emplois.

Quel avenir pour les autres travailleurs ? 

Yves : Nous nous sommes naturellement activés à la mise en place d’un plan social incluant e.a. des indemnités complémentaires de préavis pour les licenciements collectifs et volontaires. Ainsi, de nombreux jeunes travailleurs ont pu opter pour un départ volontaire et un nouvel emploi dans une autre entreprise. Un certain nombre de collègues plus âgés sont, quant à eux, en mesure de combler leur manque financier jusqu’à leur prépension. En collaboration avec le VDAB et un bureau d’outplacement, les travailleurs bénéficient aussi d’un accompagnement dans leur recherche d’un nouveau job. Nous n’avons cependant pas attendu que cela prenne forme, mais avons demandé aux délégations syndicales d’autres entreprises dans le secteur de nous informer de tout poste vacant. Nous avons ainsi obtenu une liste de vacances dans une douzaine d’entreprises et les résultats ne se sont pas fait attendre ! En effet, plusieurs travailleurs ont déjà démarré dans leur nouvel emploi. 

Comment avez-vous vécu cela en pleine pandémie ? Alors que le corona fait rage, il semble bien plus compliqué d’organiser des actions, d’informer les travailleurs, de mener des négociations … n’est-il pas vrai ?

Yves : Cela n’a, en effet, pas été simple. C’était déjà une période difficile pour de nombreuses familles, et voilà qu’en plus, leur avenir professionnel devenait incertain. Les gens veulent naturellement être informés immédiatement : savoir ce qu’il va advenir de leur job, quels sont leurs droits. Mais avant d’informer, il faut négocier et heureusement, les négociations se sont déroulées correctement et n’ont pas nécessité d’actions. L’entreprise a veillé à ce que tout le monde puisse être présent, mais avec respect de la distance de sécurité. Cependant, il faut admettre que malgré tous les efforts et les dispositions prises, une restructuration fait toujours un certain nombre de victimes.