Votre travail est-il usant ? Enquête des titres-services et du nettoyage

Le gouvernement a élaboré de nouvelles règles pour remettre les travailleurs malades plus vite au travail. Mais notre enquête prouve que ce n’est pas réaliste dans certains secteurs.

Dans le cadre de la nouvelle législation sur la réintégration des travailleurs malades de longue durée, la Centrale Générale - FGTB a organisé une enquête auprès de ses travailleurs des titres-services et du nettoyage. Celle-ci a permis de mettre en avant leurs nombreuses inquiétudes. En effet, il s’agit de deux secteurs qui usent particulièrement la santé des travailleurs mais aussi de deux secteurs pour lesquels la réintégration s’avère particulièrement compliquée, voire impossible.

La ministre De Block a élaboré de nouvelles règles afin de remettre les travailleurs malades plus vite au travail. Essentiellement via le travail adapté. Or, les résultats de notre enquête semblent bien prouver que ce parcours de réintégration n’est pas réaliste dans certains secteurs.

94 % de problèmes physiques

2125 questionnaires en ligne ont été remplis. Le constat est édifiant : 9 travailleurs sur 10 souffrent de douleurs physiques. Ce résultat alarmant n’est malheureusement pas une surprise. En effet, tant le secteur des titres-services que celui du nettoyage sont des secteurs qui mettent la santé des travailleuses et des travailleurs à rude épreuve. Les travailleurs se plaignent majoritairement de maux de dos et de douleurs articulaires, ce qui s’explique facilement par les mouvements répétitifs et la force nécessaires pour nettoyer.

77% de problèmes de santé mentale

Plus surprenant, 77 % des personnes interrogées affirment souffrir de problèmes de santé mentale. Essentiellement de la fatigue, à 87 %, mais aussi du stress pour 58 %. Le manque d’énergie et les troubles du sommeil complètent ce tableau. Ces mauvais résultats s’expliquent notamment par le fait qu’il s’agit de secteurs de chantier. C’est-à-dire que les travailleurs sont envoyés directement chez les clients, qu’il s’agisse d’un particulier ou d’une entreprise. Le travailleur est donc soumis tant aux ordres de son employeur qu’à ceux du client. 

A cela s’ajoute pour les travailleurs du nettoyage des horaires souvent difficiles, très tôt le matin ou tard le soir. Une autre source de stress au niveau de la conciliation vie privée - vie professionnelle.

La réintégration ? Une utopie

Pourtant, le problème des malades de longues durée est une réalité dans les deux secteurs. Selon l’enquête, plus de 37 % des travailleurs ont déjà été en incapacité de travail de plus de deux mois. Et 7 travailleurs sur 10 estiment que leur employeur ne serait probablement pas prêt à leur trouver un travail adapté. Un résultat qui n’a rien de surprenant quand on sait que les possibilités sont très limitées dans ces secteurs. Dans les titres-services, les travailleurs sont la plupart du temps envoyés chez les clients. Difficile d’imposer à tous les clients que leur aide-ménagère ne prendra provisoirement plus les poussières parce qu’elle a des problèmes de dos. Et dans le nettoyage, les travailleurs sont soit seuls, soit en petits groupes. La charge de travail y est généralement très grande. Prester moins d’heures n’est pas une solution envisageable puisque la plupart des travailleurs sont déjà occupés à temps partiel. Et justement parce que les temps pleins ne sont pas tenables.

On le voit, la réintégration des travailleurs malades semble utopique dans les secteurs du nettoyage et des titres-services. Les plans de la ministre ne prennent absolument pas en compte la réalité sur le terrain. Mais la question qui nous préoccupe le plus est la suivante : qu’adviendra-t-il des travailleurs malades de ces secteurs ? Nous redoutons les sanctions et licenciements.

Nos solutions

La prévention est une des solutions. Mieux vaut prévenir que guérir. Dans la mesure où c’est le travail qui use les travailleurs de ces secteurs, ce n’est pas en les renvoyant plus vite au boulot qu’on aura une solution efficace. Au contraire, il faut rendre le travail tenable et maniable, pour tous. Dès le début de la carrière.

Dans le secteur des titres-services, un temps plein n’est physiquement pas supportable. C’est pour cela que nous devons penser à une réduction du temps de travail, certainement pour les travailleurs plus âgés. En outre, les entreprises ne peuvent pas lâcher des travailleurs chez des nouveaux clients sans une visite préalable pour estimer le temps nécessaire pour accomplir le travail et voir si le matériel nécessaire est disponible.

Eric Neuprez, secrétaire fédéral Centrale Générale - FGTB: « Dans le secteur du nettoyage, la concurrence est féroce. Les clients choisissent de travailler avec une entreprise uniquement sur le critère du prix le plus bas. Et pour baisser les prix, les employeurs du nettoyage augmentent la productivité. Les travailleuses doivent avaler de plus en plus de surface en un temps plus restreint. La situation ne cesse d’empirer avec des conséquences graves pour les travailleuses. »

Il faut envisager des normes minimales qui prennent en compte la faisabilité pour les travailleurs. Même lors de l’attribution de marchés publics, les autorités ne tiennent pas compte des éléments sociaux. Elles ne se basent que sur le prix.

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L'article de Vers l'Avenir