Un coup bas lâche et inattendu sur le site de Covestro à Anvers
La direction locale de Covestro a annoncé le 15 octobre, lors d'une réunion extraordinaire du conseil d'entreprise, la suppression de 309 emplois et son intention de se séparer de 260 collègues. Nous nous sommes entretenus avec Levi Sollie, secrétaire de la FGTB Chimie, au sujet de cette mauvaise nouvelle inattendue pour les travailleurs concernés et leurs familles, ainsi que pour l'emploi dans le secteur de la chimie à Anvers en général.
Levi Sollie, secrétaire de la FGTB Chimie, Anvers
Covestro n'est pas la première entreprise du secteur de la chimie à supprimer des emplois. Selon toi, cette restructuration s'inscrit-elle dans le cadre d'une crise plus générale au sein du secteur ?
Si le secteur de la chimie traverse une crise aujourd'hui, c'est en grande partie une crise que les directions des entreprises ont elles-mêmes contribué à créer. Plusieurs entreprises de la chimie invoquent la concurrence internationale pour justifier leurs restructurations. Mais ce sont ces mêmes entreprises qui, ces dernières années, ont massivement investi dans de nouvelles capacités de production au Moyen-Orient et en Chine, attirées par les subventions et les mesures de soutien démesurées accordées par les pouvoirs publics.
Dans des pays comme les Emirats arabes unis, des milliards sont investis pour développer davantage l'économie dans les domaines de la chimie, du gaz naturel et des énergies renouvelables. Ces entreprises bénéficient donc d'un avantage concurrentiel directement soutenu par les pouvoirs publics. Par ailleurs, les fonds d'investissement ont également découvert ce secteur. Leur objectif n'est pas de préserver l'emploi dans l’industrie, mais de maximiser les profits à court terme, sans aucune responsabilité sociale.
Les travailleurs sont donc durement touchés par les décisions avides prises au plus haut niveau de ces entreprises. En d’autres termes, nous ne souscrivons pas au discours unilatéral de Covestro sur la surcapacité mondiale ; il s’agit d’un coup bas, inattendu et lâche, un point c’est tout.
Comment envisages-tu l'avenir du site à Anvers ?
La direction affirme que ce plan est nécessaire pour assurer l'avenir du site. L'avenir semble pourtant tout sauf certain. Depuis des années, la direction affirme que le polyéther est le « maillon faible » d'Anvers, mais soudainement, il serait désormais devenu une unité de production importante et, avec l'usine Aniline, il permettrait de redresser la situation de l'entreprise. À nos yeux, cela semble tout à fait invraisemblable ; la direction cherche à nous jeter de la poudre aux yeux. L'avenir de l'ensemble du site et de tous les emplois s'en trouve ainsi structurellement compromis. L'avenir de chacun est en jeu.
Quelles sont les principales revendications syndicales pour les prochaines négociations ?
Il faut élaborer une vision d'avenir pour le site, qui permette de préserver et de maintenir autant d'emplois que possible. Au cours de la prochaine phase de consultation également, il faudra sauver des emplois.
Par ailleurs, la suppression des régimes de RCC par le gouvernement de l'ARIZONA a privé les travailleurs de toute possibilité de bénéficier d'un régime de fin de carrière social, ce qui est scandaleux. La direction devra donc désormais assumer ses responsabilités à tous les niveaux et prévoir les budgets et l'accompagnement nécessaires. Les travailleurs que l'on souhaite licencier doivent recevoir une compensation financière digne de ce nom pour les souffrances que leur a infligées Covestro.