Décarboner sans se briser : l’industrie du verre face au défi de la transition juste

L’industrie verrière est particulièrement énergivore et impactante pour l’environnement. Depuis quelques années, sous la pression de réglementations européennes, les entreprises se doivent de réduire fortement leurs émissions de CO2. Les investissements pour répondre à ces normes se multiplient comme c’est le cas chez AGC Moustier, près de Namur. Nous avons interrogé Anthony sur le sujet. Son équipe syndicale veille au grain pour s’assurer que cette transition verte se déroule dans de bonnes conditions pour les travailleurs.
Où se situe l’entreprise AGC Moustier en matière de transition énergétique ?
De nombreux investissements sont effectués dans l’entreprise afin de réduire l’impact sur l’environnement : diminution de la consommation d’énergie nécessaire au fonctionnement des machines, réutilisation de déchets de verre pour les réinjecter dans le processus, lutte contre les pertes énergétiques….
Quelle est la politique d’AGC ici à Moustier pour réduire les émissions de CO₂ ?
L’objectif est de généraliser le groisil, du verre concassé, afin de diminuer la température du four. Plus le verre est broyé, plus on peut diminuer la température du four. Ce groisil est obtenu grâce au recyclage du verre sur nos lignes mais l’entreprise en achète également. Les trois fours que compte l’entreprise sont également alimentés à l’aide de gaz et d’un boost électrique afin de mettre le verre en fusion à 1200°. D’autre part, AGC teste actuellement un four 100% électrique en Tchéquie. Si l’essai s’avère concluant, j’imagine qu’ils déploieront cette technologie sur leurs autres sites.
Depuis 2024, on déploie également ce qu’on appelle du « low carbon », qui devient la norme dans l’entreprise. A l’heure actuelle, on utilise pour ainsi dire 80% de verre recyclé. Sur une autre ligne en cours de relance, on va déployer le « carbon capture » dont l’objectif est de capter le carbone pour l’enfouir dans des puits à la mer du nord. Si tout fonctionne, on utilisera ce système à l’horizon 2030. Enfin, l’usine poursuit ses investissements dans l’installation de panneaux solaires.
Comment abordez-vous cette question avec votre employeur ?
Comme vous le constatez, les investissements ne manquent pas pour se diriger vers une transition verte dans les entreprises du groupe. En tant que délégués, nous devons veiller à ce que cette transition soit juste pour les travailleurs. On les interpelle fréquemment lors des CE concernant les investissements déployés par AGC car si l’usine émet trop de CO2 et ne répond pas aux normes européennes, elle sera sanctionnée et on en paiera tous le prix. Nous soutenons bien entendu ces investissements mais pas aux dépens des travailleurs. Ces nouveaux processus nécessitent des formations et des embauches compensatoires là où c’est nécessaire, et nous y veillons.
Le développement du verre bas carbone et la raréfaction du groisil entraînent-ils une transformation des métiers ?
Oui clairement. L’approvisionnement en groisil est devenu un véritable enjeu dans notre secteur. C’est encore en phase de test, nous tentons de produire du groisil à l’échelle de l’entreprise avec nos déchets de verre mais ce n’est pas suffisant pour assurer notre production. Du coup on fait venir du groisil de l’extérieur mais la demande est telle que son coût explose. Ce verre provient de vitrage automobile, de panneaux solaires ou encore de verre feuilleté que l’on transforme en groisil. A terme, l’objectif est qu’AGC Moustier devienne aussi un centre de tri du verre. C’est clair, le métier change car il y a davantage de transport de groisil. On doit donc augmenter les effectifs dans ce département.
D’autre part, du côté des opérateurs actif du côté des fours, ils doivent jongler avec de nouvelles technologies et ils doivent donc bénéficier de formation pour être parés à contrôler la qualité du groisil. Suite à une restructuration l’année dernière, le nombre de travailleurs au service qualité a été réduit mais à nos yeux, il faudra revenir sur cette décision et engager car nous devons disposer d’un groisil de qualité pour maintenir la bonne réputation des produits par AGC Moustier l’entreprise. A l’heure actuelle, nous sommes inquiets de cette situation car si on néglige la qualité, on va perdre des clients.