Les travailleurs sont les victimes des choix patronaux - Sommet européen des travailleurs de la chimie
Le 15 janvier dernier, la fédération syndicale européenne IndustriAll Europe a réuni ses syndicats membres dans le cadre d’un Sommet européen des travailleurs de la chimie. A l’agenda : l’avenir du secteur. Pour la FGTB Chimie, les travailleurs doivent être au cœur des préoccupations, et non la compétitivité des entreprises. Nous avons interviewé Andrea Della Vecchia, Secrétaire fédéral FGTB Chimie, sur l’importance de ce Sommet et sur les priorités syndicales.
Andrea, pourquoi IndustriAll Europe a-t-elle organisé un « Sommet d’urgence des travailleurs de la chimie » ?
La poursuite de nombreuses activités chimiques en Europe est menacée. Et les travailleurs en paient déjà un lourd tribur. En Belgique, nous ne sommes pas épargnés : fermetures d’entreprises, licenciements collectifs, incertitude quant à l’avenir,… Dans ces conditions, il était nécessaire de réunir les collègues des autres syndicats européens pour partager et pour prendre des positions.
A ce propos, vous avez abouti à une Déclaration. Peux-tu nous expliquer son contenu ?
Tout d’abord, nous nous sommes accordés sur la situation générale de l’industrie chimique européenne : baisse des volumes de production, pertes d’emplois, mise en concurrence des pays sur les prix de l’énergie et sur les aides,… Nous avons aussi clairement pointé le comportement de nombreux employeurs qui se détournent de l’Europe, en investissant dans d’autres régions du monde pour augmenter leurs bénéfices. Les travailleurs sont les victimes de ces choix patronaux. En agissant de la sorte, ils les utilisent comme variable d’ajustement.
Variable d’ajustement ? Que veux-tu dire ?
Retournons quelques années en arrière. Durant la période covid, notre secteur a été jugé essentiel. Cela a eu pour conséquence que les travailleurs de la chimie ont continué à travailler alors que le confinement était décrété. Grâce aux travailleurs, les entreprises ont continué à fonctionner et ont engrangé des bénéfices pharamineux. Aujourd’hui, les mêmes employeurs disent aux mêmes travailleurs : on n’a plus besoin de vous. C’est inacceptable. Ils utilisent les travailleurs comme simple variable pour maintenir ou pour augmenter leurs bénéfices.
Oui mais la situation est quand même différente…
Effectivement, le monde change. Les relations commerciales entre régions du monde changent. Nous sommes dans une période de recherche de nouveaux équilibres commerciaux, économiques et diplomatiques. Nous constatons aussi que des partis de droite sont majoritairement au pouvoir et qu’ils accordent plus d’importance à la compétitivité qu’aux travailleurs. Et dans ce monde qui change, les employeurs jouent la carte de la mise en concurrence entre pays : « je reste chez toi si tu m’aides, je reste chez toi si tu ne m’imposes pas de règles,… ». Regardez cette nouvelle aide aux entreprises electro-intensives : le gouvernement fédéral belge dégage un budget d’un milliard € pour les aider sans garantie d’emplois. Syndicalement, nous n’acceptons pas ce scénario de mise en concurrence des pays. Cela aboutit à une mise en concurrence des travailleurs. Ne soyons pas dupes : le principal problème est la recherche aveugle de bénéfice au détriment de considérations sociales et environnementales.
Que faut-il faire alors ?
Il nous faut un Plan pour l’Industrie chimique européenne qui place au centre des préoccupations les travailleurs et le climat. Aujourd’hui, les entreprises et les gouvernements européens se concentrent essentiellement sur la compétitivité. Et voyez le résultat. Cela ne fonctionne pas. D’autres régions du monde ont, et auront toujours, des accès privilégiés aux énergies fossiles et à certaines matières premières. Cela a aussi pour conséquences de niveler vers le bas les critères sociaux et environnementaux. Par ailleurs, plusieurs observateurs belges et européens le disent : les aides non conditionnées ne sont pas efficaces. Orientons l’industrie chimique européenne vers des activités plus respectueuses des travailleurs et du climat. C’est le moment de faire la différence.
Mais encore ?
Nous devons rechercher un nouveau souffle pour notre industrie chimique, forte d’emplois de qualité. C’est le moment de réinventer les relations de travail qui facilitent les équilibres vie privée-vie professionnelle à l’aide de la réduction du temps de travail, qui préservent la santé des travailleurs, qui allègent la charge de ceux qui travaillent en équipes et de nuit, et qui répartissent plus équitablement les fruits de la productivité.
Comment faire pour y parvenir ?
Tout d’abord, les syndicats doivent être impliqués dans les prises de décisions relatives à l’avenir de l’industrie. Aujourd’hui, les politiques et les employeurs s’accordent sans nous sur l’avenir des travailleurs. Aujourd’hui, les organes de concertation des entreprises sont simplement utilisés pour entériner des décisions déjà prises ailleurs. Ce n’est pas de cette façon que nous aurons un consensus et une paix sociale, éléments pourtant essentiels pour permettre à notre industrie de relever des défis. Ensuite, les aides publiques doivent être conditionnées à des objectifs clairs en matière d’emploi et de climat. Stop aux cadeaux ! ça ne fonctionne pas. Et nous aurons toujours un autre pays qui offrira plus. Enfin, l’Union européenne doit changer les règles en matière de production et de consommation : privilégions celles européennes, respectueuses des travailleurs et du climat.
Les défis sont nombreux. Es-tu optimiste ?
C’est le moment d’être optimiste et volontaire.
