Le dumping social gangrène l’ensemble du monde du travail

Les grilles du futur data center Google de Farciennes sont restées closes devant notre délégation mais l’action coup de poing menée par la FGTB Construction ce mardi 24 mars a atteint son objectif : remettre le dumping social au centre du débat et rappeler que ce fléau gangrène bien plus de secteurs que celui de la construction.

Dès les premières heures de la matinée, une centaine de militants de la FGTB étaient rassemblés à la FGTB Charleroi à l’occasion de la journée contre le dumping social. Avant le départ, Carlo Briscolini, secrétaire général de la CG Charleroi, a donné le ton : « Notre destination du jour est le data center de Google à Farciennes. »

Le choix du lieu n’a rien d’anodin. Ce chantier d’envergure, où travaillent quotidiennement quelque 700 personnes issues de 43 nationalités, soulève de nombreuses interrogations sur la sous-traitance en cascade. Parmi les nombreux sous-traitants de Google actifs sur le chantier, on retrouve notamment le Jones Engineering Group, tristement réputé pour ses pratiques antisyndicales.

Des chaînes de sous-traitance incontrôlables

Pour Arnaud Levêque, secrétaire fédéral de la FGTB Construction, le cœur du problème est clair : la multiplication des sous-traitants sur les grands chantiers rend le contrôle des conditions de travail de plus en plus difficile.
« Le recours aux chaînes de sous-traitance en cascade nous fait perdre toute capacité de contrôle sur les pratiques sociales des entreprises. Devenues opaques et incontrôlables, elles constituent une voie privilégiée pour contourner les droits sociaux et diluer les responsabilités. »

À mesure que les niveaux de sous-traitance s’accumulent, les responsabilités s’effacent. Les abus deviennent alors plus fréquents, mais aussi plus difficiles à identifier et à sanctionner. En bout de chaîne, ce sont toujours les travailleurs qui paient le prix fort : salaires tirés vers le bas, conditions de travail dégradées, sécurité insuffisante, précarité renforcée.

Des solutions existent

Face à cette mécanique bien rodée, la FGTB Construction avance des revendications claires.

« Il faut limiter les niveaux de la chaîne de sous-traitance. On en arrive parfois jusqu’à 17 niveaux de sous-traitance, rendez-vous compte ! », s’indigne Arnaud.

La FGTB Construction réclame également que l’entrepreneur principal soit pleinement responsabilisé pour les pratiques de ses sous-traitants.

« Il faut aussi renforcer les services d’inspection. A l’heure actuelle, ils ne sont pas assez nombreux pour accomplir leur mission et faire faire respecter les règles. L’État doit investir de toute urgence. »

Depuis de nombreuses années, la FGTB mène une lutte déterminée contre le dumping social. Des avancées ont été obtenues, mais sur le terrain, le constat reste brutal : ce système continue d’exploiter, de précariser et de mettre en danger la vie des travailleurs.

Une mobilisation européenne indispensable

Le dumping social dépasse largement les frontières belges. Les chaînes de sous-traitance transnationales, le détachement des travailleurs et la multiplication des statuts précaires alimentent un système qui se joue des contrôles nationaux.

Présente lors de l’action, Estelle Ceulemans, députée européenne du groupe des Sociaux-démocrates, a insisté sur la nécessité d’un cadre européen plus contraignant, capable de garantir des conditions de travail équitables pour toutes et tous, quelle que soit la nationalité des travailleurs ou le pays d’établissement de l’employeur.

« Cette mobilisation est essentielle, parce qu’elle vise à lutter contre l’exploitation des travailleurs. Mais il faut aussi avoir conscience qu’au Parlement européen, le rapport de force est difficile. Nous voyons une droite qui s’allie de plus en plus souvent avec l’extrême droite pour s’attaquer aux syndicats et remettre en cause les protections sociales. »

Les grilles du chantier de Farciennes sont restées closes devant notre délégation de syndicalistes. Mais derrière ces grilles, c’est surtout tout un système qui se dévoile : celui d’un modèle économique qui prospère sur l’opacité, l’éclatement des responsabilités et la mise en concurrence des travailleurs, au mépris de leurs droits et de leur dignité.