840 000 décès par an liés aux risques psychosociaux au travail
Chaque année, plus de 840 000 personnes dans le monde meurent de pathologies liées aux risques psychosociaux au travail. C'est ce que révèle un nouveau rapport de l'Organisation internationale du Travail (OIT). En Belgique aussi, le nombre de dossiers liés au stress, au burn-out et aux comportements inappropriés au travail augmente d'année en année.
Les risques psychosociaux au travail regroupent les risques professionnels susceptibles de porter atteinte à la santé mentale, voire physique, des travailleurs. Ils peuvent également avoir un impact sur la sécurité au travail et sur le bon fonctionnement des entreprises. Ces risques trouvent généralement leur origine dans l'organisation du travail, le contenu du travail, les conditions de travail, les circonstances dans lesquelles le travail est effectué ainsi que dans les relations interpersonnelles au travail.
Selon le rapport de l'OIT, les causes potentielles se situent à trois niveaux :
- La nature du travail : les responsabilités, les exigences du poste et leur adéquation avec les compétences du travailleur, l'accès aux ressources, le sens donné au travail, la diversité des tâches et le niveau de défi qu'offre la fonction.
- L'organisation et la gestion du travail : la clarté des rôles, l'autonomie, la charge et le rythme de travail, la supervision, le soutien social et la qualité des relations professionnelles.
- Les politiques plus larges de l'entreprise : les régimes de temps de travail, la surveillance numérique, les systèmes d'évaluation et de rémunération, les politiques de prévention ainsi que les procédures en matière de bien-être et de lutte contre le harcèlement.
Le rapport met également en évidence de nouvelles évolutions et leur impact sur l'environnement psychosocial au travail. La numérisation et l'utilisation de l'intelligence artificielle modifient la manière dont les tâches sont coordonnées, contrôlées et évaluées.
Par ailleurs, les nouvelles formes d'emploi précaire, comme le travail de plateforme, accentuent l'insécurité des travailleurs. Le rapport montre également que les longues heures de travail constituent un facteur de risque important pouvant entraîner des maladies cardiovasculaires et des accidents vasculaires cérébraux.
Cette situation intervient alors que le gouvernement belge actuel assouplit les règles relatives à la durée du travail et favorise davantage la précarisation de l'emploi. Nous craignons dès lors une recrudescence des risques psychosociaux pour les travailleurs dans les années à venir.
Le rapport de l'OIT met également en lumière le coût considérable des risques psychosociaux. A l'échelle mondiale, ceux-ci sont associés, aux maladies cardiovasculaires et aux troubles mentaux, notamment la dépression.
Outre les 840 000 décès, près de 45 millions d'années de vie en bonne santé sont perdues chaque année en raison de maladies, d'invalidité ou de décès prématurés liés aux risques psychosociaux au travail. Ceux-ci représentent également une perte annuelle estimée à 1,37 % du produit intérieur brut (PIB) mondial.
En Belgique aussi, le nombre de dossiers liés aux risques psychosociaux augmente sensiblement. Selon les derniers chiffres de Co-Prev, l'association des Services externes pour la prévention et la protection au travail, 23 813 dossiers ont été traités en un an, soit une hausse de 9 % par rapport à 2023. La plupart concernaient des problèmes relationnels, tels que les conflits, le harcèlement, la violence ou les comportements sexuels non désirés.
Prévenir les risques psychosociaux, c'est avant tout s'attaquer aux causes profondes du stress et de la charge mentale.
Dans son rapport, l'OIT souligne notamment l'importance d'une charge de travail réaliste, d'attentes claires, d'une autonomie suffisante et d'une culture de travail sûre. La participation des travailleurs, le soutien de la hiérarchie et une bonne collaboration jouent également un rôle essentiel. Les négociations collectives et le dialogue social ont, à cet égard, un rôle fondamental à jouer.
Une politique de bien-être psychosocial est indispensable pour garantir la santé et le bien-être des travailleurs. Elle commence par une analyse des risques psychosociaux et l'élaboration d'un plan d'action sur la base des résultats obtenus. L'implication du conseiller en prévention aspects psychosociaux ainsi que du CPPT est essentielle.
Autant d'arguments qui plaident pour une réorientation de la politique actuelle du gouvernement, avec davantage d'attention pour un travail soutenable, le dialogue social et un suivi étroit des effets du travail sur la santé.
